François et les migrants, fausse naïveté ou amour véritable ?

migrants3« L’Europe est incapable de défendre ses citoyens contre les masses d’immigrés clandestins qui menacent l’identité culturelle de nos pays et contribuent à la montée du terrorisme, du chômage et de la criminalité. Nous voulons que l’Europe continue à appartenir aux européens »
Victor Orban, premier ministre hongrois, juillet 2015

« Il ne nous est pas possible de nous replier sur nous-mêmes et d’ignorer la misère de tant d’hommes, de femmes et d’enfants du monde entier qui cherchent seulement à vivre dignement »
Conférence des Evêques de France, juin 2015.

« Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés »
Dt 10,19

« Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli »
Mt 25,35

« En Angleterre, même sans papiers, vous pouvez travailler et vous pouvez travailler en étant payé moins, et les patrons anglais payent moins de charges. C’est la vraie raison pour laquelle nous avons tous les migrants à Calais »
Xavier Bertrand, député français

« Le spectacle des derniers jours de ces êtres humains traités comme des marchandises fait pleurer ! »
Pape François, juin 2015.

Un billet de la Rédaction de Diakonos.be

Nous sommes nombreux à nous interroger sur les déclarations actuelles du Pape et ses appels à la communauté internationale pour plus de solidarité envers les migrants. Certains parlent de naïveté et d’autres comme le vaticaniste Sandro Magister de péronisme, un mouvement populaire dans laquelle le peuple et les pauvres seraient bons par nature. Cette idée serait corroborée par le le fait qu’il aurait lui-même fréquenté des groupes péronistes en Argentine. Mais n’a-t-on pas également reproché en son temps à Ratzinger d’avoir été membre des jeunesses hitlériennes alors qu’il y avait été inscrit contre son gré ?  Le Pape et l’Eglise catholique sont-ils vraiment naïfs face aux risques posés par l’afflux des migrants ou nous mettent-ils face à une vérité que nous ne voulons pas voir ?

Je crois que dans les déclaration du Pape François, il y a davantage de charité que de politique et qu’il n’exprime au fond que la miséricorde et l’amour que l’humanité tout entière devrait avoir pour des gens qui risquent leur vie pour avoir un sort plus enviable au nôtre, d’autant que ce sont les associations de l’Eglise comme le Secours Catholique et Caritas qui se trouvent aujourd’hui en première ligne pour les accueillir, particulièrement en Italie, face à l’impuissance ou à la mauvaise volonté des pouvoirs publics.  Pourrait-on d’ailleurs imaginer le Pape tenir un discours visant à protéger les acquis des nations nanties contre la misère humaine ou économique qui frappe à leur porte ?  Sur ce point, il n’y a aucune raison de penser que ses prédécesseurs auraient agi autrement.

D’autant plus que le Pape ne fait en cela que suivre la doctrine de l’Eglise: l’encyclique Pacem in Terris, publiée le 1er avril 1963 par Jean XXIII confirme solennellement le droit à émigrer : « Tout homme a droit à la liberté de mouvement et de séjour à l’intérieur de la communauté politique dont il est citoyen ; il a aussi le droit, moyennant des motifs valables, de se rendre à l’étranger et de s’y fixer. Jamais l’appartenance à telle ou telle communauté politique ne saurait empêcher qui que ce soit d’être, comme membre de la famille humaine, citoyen de cette communauté universelle où tous les hommes sont rassemblés par des liens communs. ».

Il s’agit donc pour l’Eglise d’un droit humain fondé sur l’idée de fraternité universelle.  N’oublions pas que, contrairement à ce que diffuse une certaine presse, François est très proche du magistère de l’Eglise catholique et n’a rien d’un moderniste.

Les statistiques Frontex de l'immigration illégale en Europe

Les statistiques Frontex de l’immigration illégale en Europe

Selon Frontex, l’Europe doit s’attendre à un afflux entre 500.000 et 1 million de migrants sur l’année 2015. En 2014, 283.000 migrants étaient entrés illégalement dans l’Union européenne dont 220.000 en traversant la Méditerranée.  Selon Gianni Fortugno, coordinateur de l’urgence migrants en Calabre, entre 600.000 et 800.000 personnes attendraient sur les côtes libyennes d’embarquer vers l’Europe avec parfois des conflits sanglants entre migrants comme lorsqu’au printemps dernier, douze chrétiens ont été jeté par-dessus bord à cause de leur religion par leurs compagnons d’infortune musulmans.

Notre réaction de rejet est sans doute fondé sur la peur d’être submergé par des étrangers au point de perdre nos valeurs et de devenir minoritaires dans nos propres pays, de nous faire « islamiser » ou, comme Fernand Raynaud le disait en son temps, de nous faire « manger notre pain ».  Elle est aussi motivée par l’échec visible des migrations économiques précédentes avec la constitution de ghettos, les prières de rue, le porc dans les écoles, le pourcentage d’étrangers dans nos prisons, la violence dans les banlieues et la mainmise des pays d’origine sur leurs migrants pour des raisons économiques, religieuses et politiques via leurs ambassades.

Certains parmi nous se demandent donc :  « Ces gens sont-ils vraiment des malheureux jetés sur les routes pour fuir la misère et les bombes comme nous l’avons nous-même fait en 1940 ou s’agit-il plutôt de soldats malgré eux d’une guerre d’invasion d’un nouveau genre ? »

La fuite en Egypte, par Rembrandt

La fuite en Egypte, par Rembrandt

Nous sommes aussi partagés entre une réaction défensive enracinée dans une histoire de plus de mille ans de résistance armée à l’invasion musulmane de Europe et entre le désir de venir en aide à l’étranger selon la parole du Christ.  Tout cela dans le contexte de montée du radicalisme et des récentes menaces proférées par Daesh à l’encontre de l’Occident et de ces 3.500 jeunes qui ont déjà quitté l’Europe pour les rejoindre dans leur entreprise de folie meurtrière et de destruction.  Alors que certains responsables politiques pensent que la création du monde date de 1789 des Lumières, le souvenir de la bataille de Lépante semble encore particulièrement vivace dans la mémoire de nombreux citoyens.

En Belgique, certains nationalistes voudraient débattre d’un statut à part pour ces migrants pour qu’ils ne puissent pas automatiquement bénéficier des allocations sociales alors que les centres d’accueil débordent. La présidente des libéraux flamands remarque par contre que « Notre sécurité sociale n’est pas prévue pour accueillir des grands flux de migrants ou de réfugiés venant d’Europe ou d’au-delà de l’Europe. Il vaut mieux trouver une meilleure approche que de donner naïvement de l’argent et se dire que l’on a soulagé sa conscience ».  Mais est-on prêt à élever le débat, à sortir le nez du guidon et à investir dans des solutions structurelles à long terme ?

Par ailleurs, ces étrangers qui donnent parfois jusqu’à quatre années de salaire à des passeurs mafieux sont-ils vraiment tous dans le besoin ?  Les accueillir, n’est-ce pas quelque part nourrir ce trafic d’êtres humains et créer un appel d’air comme on l’entend parfois ?  Faudrait-il tous les accueillir au nom de la fraternité universelle même sans avoir toujours la possibilité de les recevoir correctement ou bien installer des grillages, des barbelés et des gares de triage comme le font déjà certains pays ?

Point d'eau dans la "jungle" de Calais, en France

Point d’eau dans la « jungle » de Calais, en France

Selon le Secours Catholique qui a interrogé 54 migrants à Calais récemment, pour migrer, il faut avoir de l’argent : « une moyenne de 3.062 euros, soit deux ans du salaire moyen au Soudan, cinq en Afghanistan.  La plupart des gens qui parviennent jusqu’à Calais sont des jeunes hommes, la moyenne d’âge est de 27 ans, en bonne condition physique. Les personnes fragiles auraient peu de chances de parvenir jusqu’à Calais. Enfin, ils ont des formations et des niveaux d’études plutôt élevés. Ils sont globalement issus de classes favorisées dans leurs pays de départ. Il y a parmi les personnes interrogées des professeurs, des ingénieurs et des ouvriers qualifiés : les plus pauvres n’ont aucun espoir d’envisager ce voyage coûteux et dangereux.  Leur désillusion est d’autant plus grande lorsqu’ils doivent faire face à des conditions de vie déplorable dans des bidonvilles comme à Calais ».

Ces migrants, victimes de la guerre, de la crise, de l’incompétence de leurs propres gouvernants ou de l’ingérence des nôtres dans leurs affaires, ces hommes et ces femmes qui sont souvent manipulés comme des marchandises et arnaqués lors de leur passage, ne sont-ils pas à nouveau instrumentalisés une fois sur notre sol, victimes de nos propres politiques et de nos idéologies ?

Damnés de la terre et électorat potentiel pour la gauche, main d’œuvre bon marché pour la droite, menace contre notre identité pour les nationalistes, preuve de l’échec de l’Europe pour les europhobes, outil dans la déchristianisation de l’Europe pour certains maçons et pain béni pour les associations de défense des droits de l’homme, sont-ils jamais regardés comme des hommes?

Et nous, sommes-nous jamais des hommes lorsque nous parlons d’eux?

O.C.

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