Le pour et le contre de la messe à la télé.  Une lettre du Royaume-Uni

Le cri d’alarme lancé par le pape François contre le danger que les messes « virtuelles », relayées à distance en cette période de pandémie, ne se substituent aux messes réelles et n’ouvrent la voie à une Église « gnostique » qui ne serait plus faite de peuple et de sacrements, véritable corps du Christ, a relancé plus d’une discussion déjà en cours :

> Le Pape contre les messes à la télé: “Ça n’est pas l’Église”

En voici pour preuve la lettre reproduite ci-dessous, qui nous arrive du Royaume-Uni.

Les cinq cas de que l’auteur de la lettre examine confirment en réalité – contrairement à ce qu’il écrit – , confirment non pas l’équivalence mais bien le primat absolu que la participation sur place et réelle à la messe, même dans les contextes le plus difficiles, a par rapport à toute autre visibilité indirecte.

Mais même les considérations de David Critchley sur « l’opportunité missionnaire » que les messes en streaming pourraient offrir ont du sens en ceci qu’elles ont pour finalité la célébration réelle de l’Eucharistie.

Probablement sans le savoir, même ceux qui se sont battus, au cours du dernier synode pour l’ordination d‘hommes mariés et pour assurer grâce à eux la célébration de la messe dans les zones les plus perdues d’Amazonie ont plaidé en faveur du caractère irremplaçable de l’Eucharistie vivante et réelle comme « culmen et fons » de la vie de l’Église.  Il n’est jamais venu à l’idée d’aucun de ces Pères synodaux de faire arriver la messe jusqu’à ces lieux reculés par voie électronique.

La raison était qu’à leurs yeux, seule l’ordination d’hommes mariés importait, non seulement en Amazonie mais partout ailleurs.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

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Cher M. Magister,

Merci pour votre article « Le Pape contre les messes à la télé » : réfléchi et provocateur, comme toujours, cette fois avec la contribution du Saint-Père.

Je crains que nous ne négligions l’opportunité missionnaire que nous offrent les messes en ligne.  Ces dernières années, je pense que certaines églises ont déjà diffusé des messes en streaming simplement parce que la technologie était disponible et « Pourquoi pas ?  Essayons !  Peut-être que ceux qui sont cloués au lit apprécieront ».  Mais sans qu’il n’y ait eu de réflexion plus profonde sur le sujet.  Aujourd’hui, nous sommes encouragés à penser la question plus en profondeur.

Avant tout, je pense que les messes en streaming ne constituent pas un grand pas en arrière par rapport à la tradition.  Considérons ces cinq cas :

  1. Un prêtre obtient la permission de célébrer la messe dans une prison pour criminels violents. Le directeur de la prison lui dit que les prisonniers sen tellement violents et imprévisibles qu’ils ne peuvent pas être rassemblés dans une chapelle.  La messe se tiendra donc dans la cour de la prison et les prisonniers verront à travers les fenêtres de leurs cellules.
  2. Un roi ou un haut dignitaire assiste à la messe à une époque antérieure à 1790. Il s’assied sur un banc réservé, protégé du reste de l’église et observe la messe à travers la grille.
  3. Un malade des historiques Hospices de Beaune, en Bourgogne [photo] assiste à la messe, il y a quelques siècles. L’autel est au fond de la chambrée et les infirmes, pour la plus grande partie, la voient depuis leur lits ou leurs alcôves.

Je ne pense pas que chacune de ces trois situations soit significativement différente de l’assistance à une messe télédiffusée.

Mais voici en cas plus difficile.

  1. Un fidèle catholique qui va tous les jours à la messe à la maison est en voyage à l’étranger. Le dimanche il peut choisir d’assister à la messe en ligne de l’église diffusée depuis une église de son pays ou bien trouver une messe dans le coin, repérer le chemin pour y arriver pour écouter la messe dans une langue différente de la sienne, ou peut-être découvrir que l’hôtel lui a donné l’horaire de la mauvaise messe.  Pour moi, il n’est pas aussi évident qu’il doive opter pour une église du lieu.

Ou bien cet autre :

  1. Une église catholique dans une zone rurale propose une messe le dimanche et une seule messe le reste de la semaine. Il n’y a pas d’autres églises catholiques dans les environs.  Les autres jours de la semaine, donc, un résidant catholique a en pratique le choix entre assister à une messe quotidienne en ligne ou à aucune messe, étant donné qu’il ne peut passer tout son temps à voyager.  Faudrait-il réponse : aucune messe ?

Et nous n’avons pas encore commencé à penser au rôle des messes en ligne dans l’évangélisation.  Ne devrions-nous pas encourager ceux qui envisagent de devenir catholique à assister régulièrement à une messe en ligne ?  N’y a-t-il pas de personnes qui n’auraient jamais osé entrer dans une église catholique mais qui pourraient se sentir stimulées par une messe en ligne ?  Il y a des personnes qui pourraient regarder une messe en ligne et dire ensuite : « Mon Dieu, je n’aurais jamais pensé que la pouvait pourrait être comme ça.  Il faut vraiment que j’aille dans un endroit comme ça ».  Que dire des personnes qui vivent dans une société dans laquelle la conversion au christianisme est punie : les messes en ligne ne pourraient-elles pas jouer une rôle dans leur vie ?  Que dire des personnes qui aiment écouter des concerts religieux mais qui ne vont pas à la messe ?  Ne pourraient-elles pas finir par assister à une messe en ligne pour le plaisir des oreilles ?

En somme, aujourd’hui tout le monde a accès partout à une vie liturgique qui n’était auparavant disponible qu’à des catholiques vivants dans des communautés religieuses ou très proches d’une grande église bien gérée.

Certainement, cela donne beaucoup à penser.

Salutations distinguées,

David Critchley

Winslow, Buckinghamshire, Royaume-Uni

POST SCRIPTUM:

Cher M. Magister,

Merci d’avoir partagé les commentaires de David Critchley.  J’ai regardé plusieurs messes à la télévision ou sur CD.  Même comme spectacle, elles ne tiennent pas la comparaison par rapport à la participation à une véritable messe, quelles que soient les circonstances.  Imaginez d’un côté un groupe de soldats agenouillés devant un autel de fortune sur un sol gelé en Corée et de l’autre assister à une messe dans une magnifique église.  Deux exemples extrêmes mais qui se rejoignent dans le même acte de participation véritable à l’Eucharistie et de communion.

Vivat Jesus,

Peter J. Brock
Sun City Center, Florida, U.S.A.

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Date de publication: 22/04/2020