« Le martyre de ces trois anges.. ».  Du carnet de voyage du Pape en Irak

Dimanche 7 mars au matin.  Le Pape François vient d’arriver à Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne de la plaine de Ninive, envahie par les milices de l’État islamique en août 2014 et symbole du martyre de cette population.

Dans l’Église de l’Immaculée Conception reconstruite, le Pape écoute le récit d’une dame qui a fui Qaraqosh comme tous les autres et qui est ensuite retournée dans la ville après la défaite de Daesh.

C’est elle qui salue le Pape sur la photo.  Et voici son récit, traduit de l’arabe.

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« Leur martyre a sauvé toute la ville »

Je m’appelle Doha Sabah Abdallah, de Bakhdida, Qaraqosh.  Je vais vous raconter ce que j’ai vécu et que je vis encore : la grâce de l’espérance que j’ai reçue.

Le 6 août 2014 au matin, la ville de Bakhdida a été réveillée par le fracas du bombardement.  Nous savions tous que l’État islamique était à nos portes et que trois semaines auparavant, il avait envahi les villes et les villages des yézidis et qu’ils les avaient traités avec cruauté.  C’est pourquoi nous avions fui la ville, en abandonnant nos maisons.  Mais après deux ou trois jours, nous étions revenus, soutenus par notre foi forte et par notre conviction qu’en tant que chrétiens, nous sommes disposés au martyre.

Ce matin-là, nous vaquions à nos occupations habituelles et les enfants jouaient devant nos maisons, quand un incident nous a contraints à sortir.  J’ai entendu une explosion de mortier et je suis sortie de la maison en courant.  Les voix des enfants ont fait place aux hurlements des adultes.  On m’a informée de la mort de mon fils et de son cousin, ainsi que de notre jeune voisine qui se préparait au mariage.

Le martyre de ces trois anges a été un avertissement clair : sans cela, les habitants de Bakhdida seraient restés et seraient inévitablement tombés aux mains de l’État islamique.  Leur martyre à eux trois a sauvé toute la ville.

Ce n’est pas facile pour moi d’accepter cette réalité, parce que la nature humaine prend souvent le dessus sur l’appel de l’esprit.  Pourtant, notre force provient avec certitude de notre foi en la Résurrection, source d’espérance.

Et ma foi me dit que mes enfants sont dans les bras de Jésus Christ notre Seigneur.  Et nous, les survivants, nous cherchons à pardonner l’agresseur, parce que notre maître Jésus a pardonné à ses bourreaux.  En l’imitant dans nos souffrances, nous témoignons que l’amour est plus fort que tout.

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L’agenda et les discours du Pape François :

> Voyage Apostolique en Irak, 5-8 mars 2021

Sandro Magister est vaticaniste à L’Espresso.

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Date de publication: 7/03/2021